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Grippe A (H1N1)v : Professionnels de santé et campagne vaccinale

Des experts répondent aux réticences

Alors que la campagne de vaccination contre le virus grippal A/H1N1v vient d’être lancée auprès des professionnels de santé, nombre d’entre eux se montrent réservés, voire hostiles. À ces interrogations, six experts de la grippe pandémique ont apporté des éléments de réponse pour éclairer les praticiens dans leur choix.

La mortalité de la pandémie virale A/H1N1v ne semble pas supérieure à celle de la grippe saisonnière. N’y a-t-il pas eu beaucoup d’agitation médiatique autour de ce qui ne serait finalement qu’une simple « grippette » ?

« Contrairement à la très virulente grippe H5N1 qui a suscité en 2004-2005 de vives inquiétudes, la mortalité due au virus A/H1N1v ne semble pas être supérieure à celle de la grippe saisonnière, en effet. On ne s’attend donc pas aux millions de mort de la " grande tueuse " de 1918 », a rappelé le Pr Christian Perronne, Président de la commission « maladies transmissibles » du Haut Conseil de santé publique (HCSP).

« Pour autant, le message véhiculé de "grippe bénigne" n’est pas vrai », a expliqué à son tour le Pr Bruno Housset, Président de la Fédération française de Pneumologie. « Si la grippe A/H1N1v ne tue pas plus, le niveau d’hospitalisation est plus élevé que pour le virus saisonnier. Des problèmes de prise en charge en réanimation vont se poser. Cette grippe tue différemment et, ce qui est très inhabituel, elle tue des sujets jeunes sans facteur de risque, les femmes enceintes et les sujets obèses. Il est alors question de graves pneumonies virales avec œdème lésionnel dans ces populations, et beaucoup moins de décompensations chez les sujets âgés. Lors de la première vague épidémique en Australie, le pourcentage de patients hospitalisés pour grippe sévère a été estimé à 10 %. Les services de réanimation ont tourné à plein régime, frôlant la saturation du système de soins. Au vu de données de l’hémisphère sud, nous projettons de plus, en France, d’acheter des appareils de réanimation plus performants par oxygénation par membrane extracorporelle (ECMO) ».

Pour l’instant, l’épidémie semble au « point mort ». Y aura-t-il au bout du compte la pandémie annoncée ?

« La vague épidémique n’a pas démarré encore en France », a poursuivi le Pr Sylvie van der Werf, généticienne à l’institut Pasteur. « Depuis quelques semaines, le virus circule à bas bruit, mais bientôt avec le froid et l’humidité de l’hiver, la transmission va augmenter. Il nous reste juste le temps de vacciner, puisqu’il faut 21 jours après le vaccin pour être protégé ».

« La grippe est modeste pour le moment, mais rien ne laisse présumer de ce qui se passera dans quelques semaines, a renchéri le Pr Catherine Weil-Olivier, membre du comité de lutte contre la grippe. La grippe est imprévisible, c’est "une grande capricieuse". La bonne nouvelle est qu’avec une dose la protection est assurée, au moins à court terme. Une seconde ne sera pas peut-être pas nécessaire, mais il est trop tôt pour le dire. La situation est assurée, on peut donc engager la vaccination ».

« Il est important d’acquérir avec la vaccination un fond d’immunité face au virus », souligne le Pr Van Der Werf. « En réponse à une pression de sélection aléatoire, la deuxième vague épidémique peut être plus sévère que la précédente. Si le virus n’a pas varié depuis avril dernier, il ne faut pas perdre de vue que des changements extrêmement minimes peuvent modifier la virulence. Sans compter que des virus résistants aux antiviraux, en particulier à l’oseltamivir, peuvent émerger ».

Beaucoup reprochent aux vaccins d’avoir été élaborés « à la va-vite » sans remplir les conditions d’exigence habituelles.

« Il a toujours été hors de question de lancer une campagne de vaccination sans obtention de l’AMM, » a expliqué le Pr Weil-Olivier. « Avec une grande expérience du vaccin saisonnier, les industriels ont repris les mêmes critères d’efficacité, avec l’arrière-pensée que le virus peut être plus virulent. C’est pourquoi pour le vaccin A/H1N1v, les trois critères d’immunogénicité sont nécessaires, c’est-à-dire le niveau d’anticorps neutralisants, la séroconversion et la séroprotection, et non plus un seul pour le vaccin saisonnier. Mis au point suite à l’épidémie H5N1, trois prototypes vaccinaux ayant obtenu l’AMM, dont le Pandemrix et le Focetria, ont servi de " moule " ou " mock-up ". Restait à changer la souche vaccinale, H5N1 pour A/H1N1. Beaucoup de temps a pu être économisé grâce à cette procédure ».

Les vaccins adjuvantés et le thiomersal soulèvent de grandes inquiétudes.

« On s’est aperçu ces dernières années que l’aluminum n’est pas un bon adjuvant pour le vaccin grippal, a expliqué le Pr Weil-Olivier. Des adjuvants de la famille des squalènes sont utilisés depuis de nombreuses années chez des millions de personnes, dans le Gripgard et le Cervarix, sans événement de pharmacovigilance particulier… Quant au thiomersal, on en consomme tous les jours dans l’alimentation. Il a été utilisé pour les vaccins pendant de très nombreuses années sur des millions de sujets, sans alerte de pharmacovigilance. »

« Si le risque de Guillain-Barré post-vaccinal existe, il est bien moindre qu’après une infection grippale, a expliqué le Pr Housset. L’Afssaps a ainsi estimé le risque lié à une grippe à environ 7 cas pour 100 000 habitants, alors que celui lié au vaccin antigrippal serait de 1 cas pour 1 million de sujets vaccinés. »

Où en est-on de la vaccination des enfants et des femmes enceintes ?

« Les femmes enceintes ont un surrisque de grippe grave multiplié par 5 au troisième trimestre, a expliqué le Pr Weil-Olivier. Il est moindre au 2e trimestre et n’existe pas au premier. Par principe de précaution, les vaccins adjuvantés ne sont pas recommandés. On attend le vaccin non adjuvanté courant de la deuxième quinzaine de novembre. Si l’épidémie est menaçante, il n’est pas exclu d’avoir recours aux vaccins adjuvantés. Mais mieux vaut privilégier la stratégie du cocooning en vaccinant l’entourage. De même, pour les enfants, les essais sont en cours. Sauf situations particulières et facteurs de risque, la vaccination n’est pas recommandée. On attend les premières données fin 2009-début 2010 ».

›Dr IRÈNE DROGOU

Conférence de presse du 20 octobre 2009. Avec la participation des : Pr Sylvie Van der Werf, directrice de l’unité de génétique moléculaire des virus respiratoires à l’Institut Pasteur, Pr Catherine Weil-Olivier, pédiatre, membre du comité national de lutte contre la grippe, Pr Christian Perronne, chef de service des maladies infectieuses à Garches, président de la commission « maladies transmissibles » du Haut Conseil de la santé publique, du Pr Bruno Housset, chef de service de pneumologie au CHI de Créteil, Président de la Fédération Française de Pneumologie, Pr Olivier Patey, chef de service des maladies infectieuses de Villeneuve-Saint-Georges, membre du comité de lutte contre la grippe, Dr Emmanuel Debost, médecin généraliste, président du réseau GROG Bourgogne.

Le Quotidien Du Médecin du 22 oct. 2009
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