Sondage IFOP - « le Quotidien » sur les médecins face à la pandémie
Les libéraux confiants, mais partagés sur le vaccin
Interrogés par l’IFOP pour « le Quotidien »*, les médecins libéraux, généralistes et spécialistes, expriment très massivement (89 %) leur sérénité à l’approche de la vague épidémique de grippe A, avec un faible taux d’inquiétude (10 %). Mais la question de leur adhésion personnelle à la vaccination les divise, avec 52 % de oui contre 46 % de non. C’est la confirmation et l’accentuation d’une tendance apparue dans deux récentes enquêtes et qui interpelle pouvoirs publics et syndicats.
Cliquer pour afficher en taille réelle
LES MÉDECINS ne sont pas fébriles. Tout au contraire, 89 % d’entre eux se déclarent confiants, alors même que la ministre Roselyne Bachelot a confirmé que l’épidémie de grippe A(H1N1) avait bien commencé en France métropolitaine. Dix pour cent seulement des libéraux se disent inquiets. Ce sont les seniors qui sont les plus sereins (90 % des plus de 45 ans sont confiants, contre 82 % des plus jeunes), leur score d’inquiétude s’établissant à 9 % contre 16 % chez moins de 45 ans. On est loin de l’indicateur du niveau d’inquiétude des Français, mesuré par l’IFOP à 35 %.
En revanche, tout comme la population générale, le corps médical exprime sa perplexité au sujet de la vaccination. À la question « Seriez-vous prêt personnellement à vous faire vacciner dès que le vaccin sera disponible ? », 52 % répondent par l’affirmative (62 % des généralistes, 37 % des spécialistes). Mais 46 % déclarent refuser le vaccin pour eux-mêmes (38 et 61 % respectivement), avec seulement 2 % des médecins interrogés qui ne se prononcent pas. À la différence des données recueillies lors des précédentes enquêtes (lire encadré), les deux camps ont tendance à s’équilibrer, révélant une division des libéraux sur le sujet. C’est particulièrement vrai pour les plus de 45 ans : 51 % de oui et 48 % de non. Les moins de 45 ans en revanche se répartissent pour près des deux tiers dans le camp des oui au vaccin (64 %), contre un bon tiers d’entre eux qui se rangent dans les réfractaires (36 %). Les ruraux se distinguent par leur moindre empressement personnel : 33 % envisagent de se faire vacciner, alors que la proportion atteint 50 % en région parisienne et 55 % dans les agglomérations de plus de 100 000 habitants. L’orientation politique ne semble pas discriminante : 61 % des médecins de gauche projettent de se faire vacciner, contre 58 % des praticiens de droite (39 % des premiers ne l’envisagent pas et 42 % des seconds).
Et l’on notera que c’est parmi les médecins qui affichent leur inquiétude que se recrute la plus forte proportion des partisans de la vaccination (64 %), et le moindre score des anti (33 %). Le haut degré de confiance du corps médical en la maîtrise de la situation pandémique pourrait-il ainsi expliquer son adhésion pour le moins partagée à la vaccination ? En l’occurrence, les réticences procéderaient davantage de la sérénité éprouvée face à la pandémie que de l’inquiétude ressentie quant aux éventuels effets secondaires.
L’IFOP a d’autre part sondé les libéraux sur leur expérience personnelle de la prise en charge de patients atteints de grippe A(H1N1). Seuls un quart d’entre eux (26 %) ont traité un (7 %) ou plusieurs (19 %) patient(s) présentant un syndrome grippal. Une proportion évidemment plus élevée chez les généralistes (36 %) que chez les spécialistes (10 %). Ces cas se distribuent également dans les petites et grandes agglomérations, et dans l’ensemble des régions françaises.
Partagés, les médecins le sont encore quand on évoque la question du volontariat. Alors que, dans la plupart des départements, des procédures sont lancées pour faire appel au volontariat des professionnels** la moitié des généralistes (50 %) se déclarent prêts personnellement à se porter volontaires dans le cadre des plans de vaccination de masse mis en œuvre par les préfets ; 48 % ne se manifesteront pas (21 % probablement pas, 27 % certainement pas). Les scores des spécialistes enregistrent bien sûr plus de réticence : 29 % sont prêts à se porter volontaires, 70 % ne le sont pas.
Il est, in fine, un sujet qui fâche une large majorité des libéraux, à commencer par les plus exposés que sont les généralistes : la réquisition. Son principe est désapprouvé par 60 % des médecins (66 % des généralistes, 50 % des spécialistes). Un tiers des généralistes y sont favorables (33 %). Les syndicats, MG France en tête, en font un casus belli. Mais c’est la question de l’adhésion personnelle au vaccin que ce sondage pose crûment. Roselyne Bachelot ne cache pas à ce sujet ses préoccupations. Les syndicats les partagent (lire ci-contre).
*Échantillon de 402 médecins, représentatifs des médecins libéraux, 255 généralistes et 147 spécialistes. La représentativité a été assurée par la méthode des quotas (sexe, spécialité) après stratification par région et catégorie d’agglomération. Les interviews ont eu lieu par téléphone du 14 au 16 septembre.
**La préfecture d’Île-de-France a ouvert un site à l’attention des professionnels de santé qui souhaitent se déclarer volontaires : http://ile-de-france.sante.gouv.fr.
Le Quotidien Du Médecin du 21 sept. 2009