La question, ce sont les Drs Tito Fojo (National Cancer Institute, NCI) et Christine Grady (National Institutes of Health, service de bioéthique), qui osent la poser, dans le « Journal of the National Cancer Institute » (version en ligne, 29 juin) à propos de nouveaux médicaments anticancéreux très coûteux.
L’un d’entre eux, selon une récente étude, prolonge la vie de patients atteints de cancer du poumon non à petites cellules de 1,2 mois en moyenne (11,3 mois contre 10,1). Ce produit coûte 80 000 dollars pour les 18 semaines de traitement nécessaires. Soit, par extrapolation - toute théorique -, 800 000 dollars pour une survie de 1 an. Et, encore plus théorique, 440 milliards pour donner un an de vie supplémentaire, sans les guérir, aux 550 000 Américains qui meurent chaque année du cancer, une somme cent fois supérieure au budget du NCI.
Voilà donc la question à 440 milliards, et ce n’est selon les auteurs qu’un exemple : qu’est-ce qu’un bénéfice en terme de survie et à quel coût peut-on accepter de le rechercher ? Tout en se défendant de vouloir donner un prix à la vie humaine, Fojo et Grady suggèrent d’établir des limites : pour une survie limitée à 2 mois maximum, pas de traitement de plus de 20 000 dollars (30 000 pour 4 mois...). C’est, disent-ils, aux cancérologues mais aussi aux pouvoirs publics et aux compagnies d’assurances, puisque ce sont elles qui paient, d’en débattre.
Le pragmatisme anglo-saxon pose de bonnes questions, mais ne donne sans doute pas les bonnes réponses, si elles existent.